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Jusqu’au bout, ils auront tout tenté. Après avoir imploré le président de la République, la veille, de s’opposer à un « crime d’Etat commis au prix d’un coup de force contre l’Etat de droit », les avocats des parents de Vincent Lambert ont annoncé, dimanche 19 mai, qu’ils s’apprêtaient à déposer trois nouveaux recours pour tenter de stopper l’arrêt des traitements de l’ancien infirmier de 42 ans, qui a débuté lundi 20 mai.

Une « plainte disciplinaire aux fins de radiation » et des « poursuites pénales » devraient également être lancées contre le docteur Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), qui avait pris, le 9 avril 2018, cette décision d’arrêt des traitements. Vincent Lambert, dont il a la charge, se trouve dans un état végétatif chronique depuis un accident de la route en 2008 et souffre de lésions cérébrales « irréversibles », selon les experts.

La décision d’arrêter ses traitements oppose deux parties de sa famille depuis 2013. Son épouse Rachel, son neveu François et six frères et sœurs du patient ont accepté la décision prise par les médecins de l’hôpital rémois. Pierre et Viviane Lambert, ses parents, proches des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ainsi qu’un frère et une sœur, s’y opposent. Ils ont participé, dimanche, à un rassemblement d’environ 150 personnes devant le CHU de Reims, réclamant « la vie pour Vincent ».

De quoi va-t-il mourir ?
Au titre de la non-obstination déraisonnable, la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 prévoit un arrêt de tout traitement de maintien artificiel en vie : médicaments à visée thérapeutique (antibiotiques, anticoagulants…), techniques invasives de réanimation, mais aussi traitement de survie comme la nutrition et l’hydratation artificielles. Vincent Lambert étant autonome sur le plan respiratoire et n’étant pas en phase terminale d’une maladie grave, ce sont donc les sondes permettant de l’alimenter et de l’hydrater qui devraient être retirées.

Dans ce type de procédure, « au nom d’un principe de précaution, il faut anticiper et prévenir des sensations de faim ou de soif », explique le docteur Vincent Morel, professeur associé de médecine palliative au CHU de Rennes et ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).

Si la sensation de faim est quelque chose qui disparaît très vite, comme lors d’un jeûne, la sensation de soif, liée à la sécheresse buccale, est traitée en humidifiant régulièrement la bouche, par exemple avec un bâtonnet et une compresse imbibée d’eau. « Le décès va survenir à cause des conséquences de la déshydratation sur les organes vitaux, par insuffisance rénale », précise Vincent Morel.

Combien de temps jusqu’au décès ?
La mort survient en quelques jours. « Cela peut-être long de mourir d’un arrêt d’alimentation et d’hydratation, si le reste du corps est encore en bon état : plusieurs jours au moins, jusqu’à deux pleines et longues semaines parfois », explique le docteur Véronique Fournier, la présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, dans La mort est-elle un droit ? (La Documentation française, 2016).

Pourquoi un premier arrêt avait-il duré trente et un jours ?
En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision.

Si leur fils était toujours en vie au bout de cette période, c’est parce que l’équipe médicale avait fait le choix de maintenir 200 millilitres d’hydratation par jour. « L’idée était de le laisser partir lentement, de sa belle mort. C’était une erreur. A l’époque, nous ne savions pas faire », reconnaîtra le docteur Eric Kariger, le médecin alors à l’origine de la décision, dans Ma vérité sur l’affaire Vincent Lambert (Bayard, 2015).

Est-on certain qu’il ne souffrira pas ?
Toujours au nom du principe de précaution, des antalgiques devraient être administrés à Vincent Lambert pour répondre à une éventuelle douleur. La loi Claeys-Leonetti prévoit également la mise en place d’une « sédation profonde et continue » jusqu’au décès. Celle-ci a généralement lieu avec du midazolam, une molécule « qui ralentit le rythme respiratoire, qui fait effet très vite et qui permet d’être au plus juste des besoins du patient », explique Claire Fourcade, médecin de soins palliatifs à Narbonne (Aude) et vice-présidente de la SFAP.

Dans la mesure où cette molécule est susceptible d’accélérer le décès lorsqu’elle est utilisée à forte dose, cela « implique une grande vigilance pour l’utiliser à bon escient, de façon respectueuse par rapport au patient et dans le cadre de la loi », insiste le docteur Fourcade.

Est-il en situation d’obstination déraisonnable ?
Une situation d’obstination déraisonnable se définit par la conjugaison d’actes « inutiles et/ou disproportionnés, et/ou n’[ayant] d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie » et par la volonté du patient.

Les partisans du maintien en vie de Vincent Lambert estiment qu’il est difficile de connaître avec certitude ce qu’il aurait souhaité dans la mesure où il n’a pas laissé de directives anticipées ni désigné de personne de confiance.

Le Conseil d’Etat, lui, a jugé à deux reprises que les médecins rémois avaient raison de considérer qu’il s’agissait d’une situation d’obstination déraisonnable, en s’appuyant notamment sur le témoignage de Rachel Lambert, son épouse, pour qui son mari « n’aurait pas souhaité cet acharnement à le maintenir en vie ».

Pourquoi les familles des personnes cérébrolésées sont-elles inquiètes ?
A l’Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens (UNAFTC), qui représente plus de 1 500 familles de patients en état végétatif chronique, on combat la possibilité qu’un médecin puisse « décider seul de la mort de quelqu’un et imposer cette décision à une partie de sa famille ».

« Les familles de personnes bénéficiant d’une nutrition et d’une hydratation artificielles craignent des décisions arbitraires », assure Philippe Petit, référent pour les questions éthiques à l’UNAFTC. « Lorsqu’il n’y a pas de directives anticipées, pas de personne de confiance et que la personne ne s’exprime plus, la décision raisonnable, c’est le consensus », dit-il. Dans les faits, dans la quasi-totalité des situations, médecins et familles parviennent de fait à un consensus.

source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/20/vincent-lambert-les-questions-posees-par-l-arret-des-traitements_5464400_3224.html